Une entreprise peut accumuler de la trésorerie au fil des exercices. La laisser intégralement sur un compte courant paraît parfois peu efficace. L’idée d’en investir une partie devient alors naturelle.

Mais la trésorerie de l’entreprise n’est pas une épargne personnelle. Elle sert d’abord à payer les salariés, les fournisseurs, les impôts, les investissements et les périodes plus difficiles.

Avant de chercher du rendement, il faut donc déterminer ce qui est réellement disponible.

Toute la trésorerie du compte bancaire n’est pas excédentaire

Un solde bancaire positif peut déjà être destiné à :

  • payer la TVA ou l’impôt ;

  • financer les salaires et cotisations ;

  • régler un investissement prévu ;

  • absorber la saisonnalité ;

  • couvrir un retard client ;

  • rembourser un emprunt ;

  • maintenir une réserve de sécurité.

La trésorerie investissable est la somme qui reste après avoir protégé ces besoins sur un horizon réaliste.

Il faut établir un plan de trésorerie, pas se fier uniquement au relevé du jour.

L’exemple des trois poches

Une entreprise dispose de 200 000 euros sur son compte.

Après analyse, elle identifie :

  • 80 000 euros nécessaires au fonctionnement des prochains mois ;

  • 50 000 euros prévus pour un investissement ;

  • 20 000 euros constituant une réserve de sécurité supplémentaire.

Dans cet exemple fictif, la somme éventuellement investissable n’est pas 200 000 euros mais 50 000 euros.

Même cette dernière somme doit être rapprochée de l’horizon, des projets et de la capacité à supporter une baisse temporaire.

Qu’est-ce qu’un compte-titres d’entreprise ?

Un compte-titres permet de détenir différents instruments financiers selon l’offre de l’établissement : fonds, obligations, actions, produits monétaires ou autres titres.

Contrairement à un simple dépôt bancaire, la valeur des investissements peut fluctuer. Ni le capital ni le rendement ne sont automatiquement garantis.

La disponibilité dépend aussi des supports. Un titre coté et liquide peut être vendu rapidement, mais son prix au moment de la vente peut être inférieur au prix d’achat. D’autres placements peuvent être plus difficiles à céder.

L’horizon doit guider le niveau de risque

Une trésorerie nécessaire dans six mois ne devrait pas être exposée de la même manière qu’une somme dont l’entreprise pense ne pas avoir besoin pendant cinq ans.

Plus l’horizon est court, plus la priorité doit généralement être donnée à la stabilité et à la liquidité. Un potentiel de rendement plus élevé implique habituellement davantage de risque ou moins de disponibilité.

Avant d’investir, définissez :

  • la date à laquelle l’argent pourrait être nécessaire ;

  • la perte temporaire maximale acceptable ;

  • la rapidité de retrait souhaitée ;

  • le besoin de diversification ;

  • le temps consacré au suivi ;

  • les personnes autorisées à décider.

Attention à la fiscalité et à la comptabilité

Les revenus, plus-values, moins-values et variations de valeur des titres détenus par une société suivent des règles comptables et fiscales propres à la nature de l’entreprise et des placements.

Pour une société soumise à l’impôt sur les sociétés, les revenus de titres entrent en principe dans son résultat selon les règles applicables, avec des régimes particuliers possibles pour certaines participations.

Le classement comptable, les provisions éventuelles, les frais et le traitement des cessions doivent être anticipés avec l’expert-comptable.

Un compte-titres d’entreprise n’est pas un PEA personnel et ne doit pas être présenté comme une enveloppe défiscalisée.

Qui décide et avec quelles règles ?

Avant l’ouverture, vérifiez les pouvoirs prévus par les statuts, les délégations bancaires et les règles internes.

Dans une société à plusieurs associés, il peut être utile de formaliser :

  • le montant maximal investi ;

  • les supports autorisés ;

  • le niveau de risque ;

  • l’horizon ;

  • les personnes habilitées ;

  • la fréquence de reporting ;

  • les conditions de vente.

Cette gouvernance évite qu’une décision financière importante repose sur une initiative isolée.

Investir progressivement et diversifier

Placer toute la somme le même jour sur un seul support concentre le risque.

Selon la stratégie retenue, l’entreprise peut envisager une diversification par supports, échéances et niveaux de risque, ainsi qu’une mise en place progressive.

La diversification ne garantit pas l’absence de perte. Elle permet surtout d’éviter que toute la trésorerie investie dépende du même scénario.

Les questions avant d’ouvrir le compte

  • Quelle somme est réellement excédentaire ?

  • Pendant combien de temps peut-elle rester investie ?

  • Quelle baisse l’entreprise peut-elle supporter sans fragiliser son activité ?

  • Les supports sont-ils liquides et compris ?

  • Quels sont les frais ?

  • Quel sera le traitement comptable et fiscal ?

  • Qui suivra les investissements ?

Si ces réponses ne sont pas écrites, la stratégie n’est probablement pas encore assez claire.